Samedi 5 avril 2008

 * Le dimanche 6 juillet à Pampelone (Tarn) , fête du livre et de la gourmandise.

 * Le dimanche 31 août à Monclar de Quercy (Tarn et Garonne ) , fête du livre. 

 


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Lundi 7 janvier 2008
Beaucoup me demandent où trouver la couleur du safran.

 Sur Albi :

- Librairie Guillot, Lices Pompidou
- Librairie Cathy Teysseyre Lices Pompidou
- Librairie Transparence
- Dépôt presse Sylvie Séguret Avenue Gambetta


Sur Gaillac:

- Librairie Noir sur Blanc

Sur Martigues ( Bouches du Rhône)
- Librairie l'Alinéa

Sur Argelès-Sur-Mer ( Pyrénées Orientales )
- Maison de la Presse, 4 avenue du 14 jullet 

Commande en ligne sur Internet :
www.coetquen.com/

chapitre.com

Amazone

Fnac.com

Clic and Deal


Toutes les librairies peuvent le commander sur le site de l'éditeur et l'avoir en stock : www.coetquen.com/
Le circuit de distribution est très complexe, même mes libraires ne s'y retrouvent pas toujours.

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Mercredi 26 décembre 2007

Livres. Albert Bueno sort son premier roman, «La couleur du safran».

L'hommage de l'instit aux réfugiés espagnols

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DDM
 
Extraits :
Lui, qui adore écrire, veut laisser un simple témoignage à sa famille, à ses proches, à tous ceux qui ont aidé et côtoyé des réfugiés politiques et économiques espagnols.

Après six mois d'écriture et de recherches historiques, puis après trois mois de corrections, « j'avais la crainte de laisser filtrer une faute d'orthographe », Albert Bueno sort « La couleur du safran » aux éditions Coëtquen. 210 pages où un secret de famille mis à jour croise l'histoire des réfugiés espagnols.
Albert Bueno, le directeur de l'école Jules-Ferry à Albi, n'a pas la grosse tête. Celle des écrivains qui pensent que leur plume peut faire la pluie mais aussi le beau temps de l'univers littéraire. Lui, qui adore écrire, veut laisser un simple témoignage à sa famille, à ses proches, à tous ceux qui ont aidé et côtoyé des réfugiés politiques et économiques espagnols.

Après six mois d'écriture et de recherches historiques, puis après trois mois de corrections, « j'avais la crainte de laisser filtrer une faute d'orthographe », Albert Bueno sort « La couleur du safran » aux éditions Coëtquen. 210 pages où un secret de famille mis à jour croise l'histoire des réfugiés espagnols. Le destin de l'existence de cet enfant illégitime, né dans le secret, va mener le lecteur de Sainte-Croix à Carénas, en passant par Port-de-Bouc, Bercelone, Saragosse et Albi. Des lieux émaillés d'épisodes tragiques de la guerre d'Espagne et de points de chute pour ces Espagnols qui ont fui leur patrie, rongés par

la misère ou la dictature et qui ont adopté un nouveau pays : la France.

« Le Tarn, et des familles espagnoles installées en 1 910 pour la mine, ont accueilli de nombreux réfugiés, explique-t-il. Le quartier de la Madeleine à Albi était même surnommé, « la petite Espagne ». Je souhaitais laisser une trace pour mes enfants car une partie de ce roman est autobiographique. »

Des mots simples expriment des sentiments forts dans des moments de détresse, de rage mais aussi de bonheur. Jusqu'au dénouement inattendu.

La couleur safran se trouve dans les librairies Guillot, Teysserre, Transparence et la librairie presse Sylvie SEGURET ( Avenue Gambetta) à Albi . On peut le commander en ligne: www.coetquen.com/210 pages, 15 € ou sur Amazon

Publié le 21 décembre 2007 à 11h43 | Auteur : P.S. 
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Le Vendredi 22 février 2008, j'animais, à Saint-Mitre-Les-Remparts dans les Bouches-Du-Rhône, une conférence-débat sur : "l'immigration est-elle une chance pour la France ?" et plus particulièrement sur l'immigration espagnole depuis le XIX° siècle jusqu'au début des années 1970. 
Ce fut un moment chargé d'émotion, les témoignages et les rencontres resteront inoubliables. Merci à ceux qui étaient là.  
Cette soirée s'est terminée par une séance de dédicaces.

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Article de presse paru dans La Provence du vendredi 22 février

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Article de presse paru le mardi 26 février 2008, suite à la conférence-débat.
Un grand merci à l'organisateur : Gilles Bourdy




















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Article de presse du Jeudi 24 avtil 2008
Vendredi 25 avril, le Maire de Saint-André (Pyrénées-Orientales), près d'Argelès sur Mer et son conseil municipal me conviaient à la présentation de mon roman dans le cadre de la fête de la Sant Jordi : fête du livre et de la rose.
Encore d'émouvantes rencontres et des témoignages poignants sur ces terres où tant de refugiés politiques ont souffert après la Retirada.
Merci aux organisateurs.







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Le magazine trimestriel du Tarn : Atouts Tarn, dans son édition du printemps 2008 présente La couleur du safran.






















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Article paru le jour de la fête du livre et de la brebis  à Réquista dans l'aveyron, le dimanche 1° juin 2008. Merci à l'organisatrice : Pierrette Champon.

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Mercredi 12 décembre 2007
Il mesure 14,8 cm sur 21 cm, il pèse 320 g, il s'appelle " La couleur du safran". Il est né jeudi 13 décembre. Il ressemble à son père.
 Quand je le touche, il s'ouvre ; quand il s'ouvre, il se livre ; quand il se livre, il me touche ... 
Ces images ont été prises lors de la séance de dédicaces à la librairie Cathy Teysseyre, Lices Pompidou à Albi, le vendredi 21 décembre 2007. Ce fut un gros succès avec 48 dédicaces. Un grand merci à Rafaël Cordoba qui a prêté deux magnifiques tableaux qu'il a peints : La Retirada et  Guernica.d--dicaceretirada.png
  
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Lundi 3 décembre 2007

                                         
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Dimanche 2 décembre 2007

En allant à l’église, en suivant la procession qui faisait le tour du village, je demandai à ma mère

- Pourquoi nous appelle-t-on les Français en Espagne et les Espagnols en France ?

- Les gens ont besoin de simplifier et dès que tu es différent d’eux ou que tu le deviens, il faut qu’ils te le fassent sentir.

- Alors, on est espagnol ou français ?

- On est moitié-moitié, m’avait-elle répondu. La France est notre pays ; l’Espagne est notre patrie. Quand on est chez Abuelita, on est des vrais Espagnols et quand on est en France et surtout quand tu vas à l’école, tu es français. On n’a pas de racines, seuls les arbres ont des racines. On est des fleurs, on partage notre bouquet dans deux vases. Tu comprends ?

Non, je ne comprenais rien mais j’avais secoué la tête pour lui faire plaisir car même pour elle, ce n’était pas clair du tout. L’idée de faire partie d’un bouquet de fleurs avec Maman, Papa et ma petite sœur Marilina m’avait séduit.

Je repensai soudain à l’entretien entre le maître et ma mère quelques semaines plus tôt.

Je venais de terminer mon cours préparatoire, le maître avait donné le classement de fin d’année. J’étais premier. Dans quelques jours, lors de la fête d’école, on me remettrait le prix d’excellence. Le deuxième aurait le premier prix et le troisième, le prix d’honneur. Le directeur nous appellerait par notre nom et il faudrait monter sur scène chercher notre prix, un livre avec notre nom et notre classement. Voilà ce que m’avait expliqué le maître. C’était parfait, j’allais avoir mon moment de gloire devant toute l’école, devant mon père et ma mère et devant nos voisins du quartier. C’était la revanche du petit Espagnol qui un an plus tôt, en entrant en dernière année de maternelle quelques jours seulement par semaine, ne savait pas parler français car à la maison, on ne parlait qu’espagnol. Ma mère sera fière, mais fière à en péter.

Le drame arriva de la mère d’Alban, un bon petit Français. Sa maman était maîtresse chez les filles. Alban sautera une classe, il sera dispensé de faire son cours élémentaire première année. Il ira en cours élémentaire deuxième année. Alban n’était pourtant que deuxième au classement général. Sa mère connaissait bien le maître, elle était allée le voir. Voilà ce qu’ensemble ils avaient convenu. Ma mère était furieuse. Toute l’année, j’avais combattu pour être le plus fort. Il avait été premier au premier trimestre, moi second et les deux autres trimestres, j’avais terminé premier. Au classement général, il n’y avait pas photo, j’avais gagné.

Ma mère avait appris la nouvelle par la voisine, Madame Matéo. Son fils était troisième. Elle parlait espagnol, c’était une fille de républicain espagnol. Elle parlait parfaitement le français. Elle avait huit ans, quand ils étaient arrivés en 1939.

- Tu vas dire à ton maître que je veux le voir, me dit Maman.

- Mais Maman, tu vas lui parler en espagnol ?

- Je vais dire à Madame Matéo de m’accompagner, elle traduira, ne t’inquiète pas.

- J’ai peur de me faire engueuler, s’il me demande pourquoi tu veux le voir.

- Dis-lui que tu ne sais pas pourquoi. D’ailleurs, tu ne le sais pas.

- Oh, si Maman, je m’en doute. Tu vas lui dire que c’est moi qui dois sauter une classe, pas Alban.
- Oui, mon fils, c’est ce que je vais lui dire. 

Le soir même, ma mère rencontra le maître. J’étais à côté d’elle, Madame Matéo était un peu en retrait. Elle le fixa droit dans les yeux et lui dit en espagnol sur un ton sec :

- Es mi hijo que tiene que saltar un curso, no Alban. C’est mon fils qui doit sauter une classe, pas Alban.

Le maître avait saisi le sens de la phrase de maman. Il avait légèrement baissé le regard en signe d’acquiescement, de compréhension. Il attendit que Madame Matéo traduise et il répondit :

- Votre fils est aussi fort qu’Alban, peut-être même plus, il mériterait de sauter une classe autant que son camarade mais Alban a un avantage, il est français, sa mère est institutrice et elle va lui apprendre le programme du cours élémentaire première année cet été.

Je pensais ma mère bloquée par les arguments du maître. Elle ne se démonta pas et du tac au tac lui répondit :

- Mon fils, Monsieur, a un avantage de plus qu’Alban, c’est qu’il est espagnol, qu’il le parle et moi, je ne suis pas maîtresse, mais cet été, je vais lui apprendre à lire et à écrire en espagnol et ça la mère d’Alban, elle ne pourra pas le faire. Mon fils, il saura lire et écrire deux langues et il sera le meilleur l’année prochaine. J’ai honte de ce que vous venez de faire mais je suis fière de mon fils. Etre né en France, c’est une chance ! Mais, être né à l’étranger, c’est une richesse, Monsieur l’instituteur !

Madame Matéo traduisit mot pour mot ce que Maman venait de dire avec une intonation jubilatoire qui mit mal à l’aise le maître.

Que ma mère était forte ! Qu’est-ce qu’elle avait bien répondu ! J’étais fier de ma mère. Elle avait mis le maître plus bas que terre en lui retournant ses propres arguments. Elle était si contente d’elle, qu’en entrant dans la boulangerie sur le chemin du retour, en plus du pain, elle me paya une glace à deux boules. Madame Matéo, n’arrêtait pas de la féliciter.

- Là, tu l’as bien calmé, il n’est pas prêt de faire sauter une classe à un autre élève.

- N’exagère pas Liliane, lui répondit Maman.

J’étais encore plus fier d’être espagnol.

 

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Il fut salué par plusieurs camarades qui continuaient la lutte avec la CNT, des camarades qui travaillaient à La Telefonica, des camarades qu’il avait rencontrés lors des évènements de mai 1937 et qu’il n’avait plus revus depuis. Des hommes passionnés, des hommes investis par une mission : sauver la République. Des hommes de gauche, des hommes du Front populaire qui avaient gardé la foi.

Ils n’appartenaient pas à ces communistes ou à ces socialistes compromis dans des partis politiques et qui ne s’exprimaient que d’une seule voix, celle du parti. Il avait perçu, dans ce discours des sympathisants anarchistes, une ouverture. Une ouverture que lui n’avait pas envisagée. Sans doute les évènements avaient-ils contribué à ce genre de réflexion. Il fut à ce point interpellé qu’il se surprit à argumenter :

- Tu as raison, Pascual, aujourd’hui, il faut sauver la République, il faut un consensus unitaire entre nous tous, même s’il est mou, mais il faut un consensus. Il faut être solidaires, il faut faire appel à la France, à l’Angleterre.

Un homme se retourna, un homme entre deux âges aux cheveux gominés ; il était accoudé au comptoir et avait très certainement suivi cette conversation. Il se retourna face au groupe de militants qui discutaient avec José :

- Mais vous n’avez pas compris que la guerre est perdue : depuis le jour où le gouvernement de la République s’est replié sur Barcelone, la République a signé là son aveu d’impuissance, elle agonise ! Dans quelques semaines, les troupes nationalistes seront maîtresses du pays, le gouvernement républicain sera contraint de quitter l’Espagne.

- C’est un franquiste, cria un homme dans le bar. Il est là pour que nous rendions les armes.

Il se jeta sur cet homme, le plaqua au sol, s’assit sur lui, lui prit la tête entre ses mains et commença à la taper sur le sol. José s’interposa. Il empoigna la main de l’homme qui frappait le prédicateur, le souleva et lui dit :

- Même si c’est un franquiste, ce que je ne crois pas, tu ne dois pas le traiter ainsi, c’est un homme, c’est aussi un frère d’Espagne. Nous prônons l’union et nous agissons de façon contraire. Laisse cet homme, je t’en prie.

José se recula et fut surpris par les paroles qu’il venait de prononcer devant une assistance restée muette. Confus, il comprit néanmoins que les mots qu’il venait de prononcer avaient fait mouche. L’homme s’était levé, avait baissé les yeux en s’écartant du groupe.

Le silence qui régnait dans le bar était chargé d’une résignation prémonitoire. Les hommes s’écartèrent, certains quittèrent le bar. José ne savait plus quoi faire, il avait envie de partir mais après cette intervention, il ne voulait pas fuir comme un lâche. Il s’approcha du comptoir, commanda une bière et, dans une attitude pensive et résignée, il saisit son verre, baissa la tête puis leva les yeux vers la pile de verres qui lui faisait face.
Il termina son verre et, sans mot dire, il sortit du bar. Telle une partition qui s’achevait, le musicien s’en allait. 

Le lendemain, c’était Noël. Noël pour qui ? Pour les nationalistes sans doute. En rentrant, il pensa au Noël prochain. Où sera-t-il s’il refuse la soumission ? A Cuba ? Au Mexique ? Certainement plus en Espagne : ce pays pour lequel il s’était battu, ce pays pour lequel il avait rêvé, ce pays dont il voulait faire un modèle, un nouveau modèle : une société idéale, un idéal de société.

 

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Le 26 janvier 1939, Barcelone tombait.

Le lendemain matin, Francisco retrouva José :

- Il faut partir ou ils nous tueront comme ils tuent tous les anarchistes, les militaires républicains et tous ceux qui ne sont pas de leur bord.

- Beaucoup de gens sont déjà partis depuis hier soir, dit José, mais moi avec ma patte folle, je ne peux pas marcher jusqu’à la frontière, je resterai ; pars avec Julia et les enfants.

- Non, tu pars avec nous ; mon beau-frère a une fourgonnette qu’il a récupérée à la Telefonica, on peut y monter tous, il est venu me voir, hier soir. Préparez-vous, nous partirons dans la soirée.

Vers 17 heures, la fourgonnette de la Telefonica s’arrêta devant l’entrée de l’appartement du père de Francisco. Francisco et son beau-frère eurent à peine le temps de descendre du véhicule que José tenant sa femme par l’épaule s’avança vers la fourgonnette. Les deux enfants, Manuel et Josefa se tenaient la main et Josefa accrochait celle de sa mère. Francisco s’adressa à José et lui dit :

- Une minute, je vais dire au revoir à mon père et j’arrive.

Dans la fourgonnette bâchée, se trouvaient Miguela et ses deux enfants. Julia, Manuel et Josefa s’y engouffrèrent. José attendit que Francisco descende avant de les rejoindre.

Francisco serra son père dans ses bras ; les deux hommes par orgueil, par pudeur, n’échangèrent qu’un seul mot, celui du père : suerte. Le père tapa sur l’épaule de son fils. Ils savaient qu’ils ne se reverraient plus. Francisco pensa à cet instant, à tous ces morts, ces morts de la guerre qui n’avaient pas pu dire au revoir à leur famille. Il était en train de vivre ces instants tragiques, ces moments qui vous gangrènent à vie la mémoire affective. Ces moments qui vous pèsent, et que l’on traîne jusqu’à la fin de l’existence, partagés entre la satisfaction de les vivre et la hantise de les revivre en y repensant. On quitte un des deux piliers de sa vie : un père, on en est conscient ; on se résigne parce que la vie doit continuer, parce que nos enfants ont besoin de nous. La vie se confond parfois à l’amertume et elle a ce goût âcre qui donne envie de vomir ou simplement de cracher pour se libérer de ses pensées malsaines.

Francisco descendit l’escalier avec l’envie de remonter et de dire à son père : « Je t’aime ». Encore une fois, bloqué par sa pudeur d’homme, par sa pudeur espagnole, il dévala rageusement les escaliers quatre à quatre.

José l’attendait ; il saisit la situation simplement en observant la démarche de Francisco quand il s’avança depuis le pas de la porte jusqu’à la voiture. Francisco avançait tête baissée pour masquer sa peine. José lui tapa sur l’épaule quand il baissa la tête pour monter à l’arrière du véhicule.

La fourgonnette sortit de Barcelone et se dirigea vers Gerona. Les routes étaient encombrées de familles qui fuyaient les troupes franquistes. Ces troupes prenaient possession de Barcelone.

Le grand-père ne voulut pas quitter son appartement. Il se donna la mort, quelques heures plus tard, en se tirant un coup de pistolet dans la tempe. Francisco ne le sut jamais. Il fut retrouvé quelques jours plus tard lorsqu’une patrouille de militaires franquistes défonça la porte de l’appartement.

Des centaines de milliers d’exilés se dirigeaient vers la frontière française. De temps en temps, l’aviation mitraillait les convois et les longues files humaines. Des corps sans vie, des valises éventrées jonchaient le bord des routes.

 

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En ce mois de mars 1939, la France entière suivait les évènements en Espagne. Josefina et Antonio étaient préoccupés par cette guerre civile qui les privait des nouvelles de leurs familles. Les premiers réfugiés étaient arrivés dans le Tarn. Poussée par Antonio et Josefina, Mireille Caussac écrivit au préfet pour lui proposer d’accueillir sur son domaine une famille de réfugiés espagnols avec pour seule exigence que l’homme soit capable de travailler la vigne. La famille, écrivit-elle, serait logée et nourrie par ses soins. Le préfet avait lancé un appel aux maires des communes rurales tarnaises afin que l’information d’accueil, d’hébergement et d’emplois de réfugiés espagnols soit diffusée auprès des exploitants agricoles. Le maire de Castelnau-de-Lévis dont dépendait Sainte-Croix avait informé Mireille Caussac. Mireille en parla à Josefina et à Antonio. Ravis, ils poussèrent Mireille à écrire aussitôt au préfet. Commença alors pour eux trois une interminable attente.

Sans doute parce qu’ils n’avaient pas eu d’enfants, ils se raccrochaient à cet espoir d'en voir arriver. Ils avaient tous les trois plus de quarante-cinq ans. Josefina alla même jusqu’à faire remarquer à Mireille qu’elle aurait dû noter qu’elle espérait une famille avec de jeunes, ou même de très jeunes enfants.

- Mais enfin, Josefina, cela ne serait pas normal, et pourquoi ne pas choisir la province d’Espagne aussi, tu n’es pas raisonnable, répliqua Mireille.

Mireille envoyait Antonio tous les deux jours à la mairie de Castelnau-de-Lévis pour savoir quand une famille arriverait.

Au début du printemps, le travail de la vigne n’était pas très exigeant.

En cette fin d’après-midi, quand Antonio revint de Castelnau, il vit la voiture du maire, une Peugeot 201 M, garée dans la cour du domaine. Il ouvrit la porte d’entrée et pendant qu’il la refermait, il entendit sa femme parler espagnol. Il comprit. Une bouffée de chaleur l’envahit. Rempli d’émotion, il n’osait pousser la porte de la cuisine. Il attendit derrière cette porte deux longues minutes, sans faire de bruit. Une voix de femme répondait à Josefina en espagnol. C’était eux bien sûr, ils étaient là. Sa femme demanda «  ¿ Cómo te llamas ? »  La voix d’une enfant répondit «  Josefa ».

Antonio entra dans la cuisine ; les larmes aux yeux, sa femme se jeta à son cou. Eux seuls pouvaient comprendre.

Le maire salua encore Mireille et lui demanda de le tenir au courant.

Julia était lasse, José aussi ; en moins de deux mois ils avaient quitté Barcelone, s’étaient retrouvés à Argelès, puis à Gaillac, et maintenant à Sainte-Croix, et toujours avec des inconnus. Le destin avait cependant bien fait les choses : ils avaient toujours été entourés d’Espagnols.

José pensa à son peuple, son peuple d’Espagne, qui depuis si longtemps fuyait la misère et qui maintenant fuyait la guerre. Mais quand cela cesserait-il ?

La France, le pays des droits de l’homme, avait accueilli les miséreux quelques décennies auparavant et aujourd’hui elle accueillait les réfugiés, les exilés, les républicains, les fils de la liberté.

Comment faisait-elle ? Elle venait d’ouvrir ses portes à cinq cent mille Espagnols. Aucun pays au monde n’avait jusqu’à ce jour fait un tel geste.

José pensa à cet instant qu’au nom de son peuple d’Espagne, il serait à tout jamais reconnaissant et ce sentiment, il le transmettrait à ses proches et à ses enfants.

Il avait devant lui Mireille qu’il venait de rencontrer voilà à peine cinq minutes, et elle lui offrait le gîte, le couvert et le travail, mais pourquoi ?

Elle avait fait de même quelques années auparavant avec Antonio et Josefina.

Mais qu’est-ce qui liait la France à l’Espagne au point que celle-ci tendît la main chaque fois que des Espagnols en difficulté se présentaient sur son territoire ?

Quelle leçon d’humanisme à ce peuple descendant des conquistadors !

L’Espagne n’aurait jamais été capable de tels sacrifices. L’Espagne venait de rater sa révolution, elle aurait pu être un exemple pour le monde avec ce projet de collectivisme. Après avoir troublé le reste du monde quatre siècles plus tôt avec la conquista, après avoir été responsable de l’hégémonie du vieux continent, de sa pensée unique, elle sombrait dans la misère, le despotisme, l’échec d’un idéal. Non, José était désappointé, ses bras se relâchaient. Absorbé par ses obscures pensées, il fut incapable de répondre à Antonio qui le questionnait. Julia fut obligée de le secouer pour qu’il s’intéressât à la question que lui reposait Antonio.

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En cette veille de Noël, avant le repas, il choisit le moment où tous avaient pris place autour de la table. Il se leva et dit :

- Ce soir, nous sommes réunis pour la première fois, ici, tous ensemble depuis que mon père est mort. Nous sommes réunis là où mon père s’est assis, là où mon père a mangé, là où mon père a bu, là où mon père a parlé. Il est mort dans la dignité à cause d’un idéal qu’il voulait pour moi, pour ma sœur, pour tous les enfants d’Espagne. Cet idéal a été broyé par la tyrannie, la dictature et la religion. Mon père m’a manqué, je garde au fond de moi cette rage et cette soif de revanche. Je garde au fond de moi son visage paisible et déterminé. Je garde au fond de moi la lutte qu’il a abandonnée pour sa femme et ses deux enfants. Je garde au fond de moi ses silences et son déchirement retenu. N’oublions jamais ce qui s’est passé durant ces deux guerres. Je voudrais finir et dire à Mireille que, si nous sommes là tous réunis, c’est grâce à toi Mireille. Sans toi, que serions-nous devenus ?

Tout le monde pleurait autour de la table. Manuel poursuivit. Il plaçait ses mots sans hésitation avec une justesse émouvante.

- Mireille, au nom de nous tous, je voulais te dire merci. Rien ne t’obligeait à faire ce que tu as fait. Tu as fait plus que nous aider, tu nous as fait vivre, sans que nous te demandions quoi que ce soit. Tu nous as respectés. Tu m’as tout appris et tout donné. Je n’ai jamais rencontré quelqu’un avec un si grand cœur. Je voulais te le dire, il fallait que je te le dise.

Mireille se leva, effondrée, envahie par l’émotion, elle réussit à s’exprimer :

- Personne ne m’a apporté autant d’amour que vous tous réunis. Vous êtes ma famille, celle que j’ai perdue et celle que je n’ai pas eue. Vous avez été ma raison de vivre, ma béquille et vous m’avez considérée comme une mère, une tante ou une sœur. Si j’ai fait du bien, tant mieux, mais celui que j’ai reçu est mille fois plus fort à mes yeux. Merci Manuel, merci à vous tous. Ne soyons pas tristes, soyons gais, le présent ne sera pas pire que le passé, que votre passé.

Elle leva son verre et ils trinquèrent.


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Lundi 29 octobre 2007

 La couleur du safran est mon premier roman. Il est sorti le 13 décembre 2007
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